lundi 10 septembre 2012

34. Alistair Brownlee versus Javier Gomez

Le triathlon masculin des JOs de Londres fut épique avec un mano à mano époustouflant en course à pied entre Alistair Brownlee et Javier Gomez. Malheureusement le fait que Jonathan, le frère d'Alistair, ait subi une pénalité réduisit le suspense à deux coureurs. Alistair réussit toutefois à réaliser un écart suffisant pour gagner cette course avec un temps absolument canon en course à pied sous les 30' (pour 10kms donc, ce qui est rare en triathlon). On peut télécharger la vidéo de cette course sur l'excellent site de TRICLAIR.

J'ai trouvé intéressant de chercher à comparer la technique d'Alistair à celle de Javier. Voici donc des clichés tirés de cette course de ces deux excellents coureurs à pied:

On retrouve dans ces deux coureurs une très bonne biomécanique et énormément de points communs dans leur technique.

Cela dit, il m'est apparu quelques différences significatives tout de même. A dessein, j'insisterai donc plutôt sur ces différences.

Alistair Brownlee:

Alistair Brownlee a une forte tendance à courir sur l'avant du pied. Cette manière de courir sollicite beaucoup le tendon d'Achille et d'ailleurs Alistair a connu des soucis de blessure de ce tendon cet hiver. Moses Mosop (dont j'ai parlé ici sur ce blog) connaît lui aussi des problèmes similaires très probablement du fait de sa foulée sur l'avant du pied.

La foulée d'Alistair se caractérise par:
- une levée pas très haute du pied vers la fesse,
- une grande utilisation du bassin dans la recherche d'amplitude de la foulée,
- un contact au sol avec l'avant du pied plutôt devant le centre de gravité.

On verra que Javier Gomez court aussi vite (ou presque) mais sans ces trois caractéristiques.


On voit le travail du bassin qui s'ouvre pour chercher l'amplitude dans la foulée :




On remarque sur les deux clichés suivants que son pied arrière ne se lève pas beaucoup vers la fesse :




Le pied revient un peu vite vers le bas au moment de passer la jambe opposée : l'effet de bascule est moins marqué me semble-t-il que chez Javier Gomez.


On voit d'ailleurs qu'Alistair court avec peu d'inclinaison verticale : les coureurs qui tirent mieux parti de la bascule du genou vers l'avant ont tendance aussi à mieux tirer parti de la force de gravité et adopte un angle d'inclinaison un peu plus marqué.

En observant le coureur de l'arrière, on voit bien comment son pied ne se lève pas très haut et comment il va au contact au sol avec l'avant du pied.
















Javier Gomez :

Au contraire d'Alistair, on peut dire que Javier Gomez:
- a une attaque au sol plein pied,
- lève plus son pied arrière vers la fesse,
- ramène plus longtemps son pied vers l'avant à l'horizontal (en fermant plus l'angle de son genou) ce qui accentue l'effet de bascule,
- utilise moins son bassin en recherche d'amplitude.





On voit la pose du pied sur la photo suivante : pas d'impact sur la pointe du pied au contraire d'Alistair:







Sur la photo suivante, on peut observer comment son pied gauche est encore placé très haut au moment du croisement avec l'autre jambe :



Gomez réalise très bien la gestuelle de la bascule du genou avec un pied qui reste haut et se déplace proche de l'horizontal:




La levée du pied arrière de Javier Gomez (avec un angle de genou légèrement plus fermé qu'Alistair):


Javier Gomez a une foulée très académique et très bonne bio-mécaniquement. Alistair court plus en "funambule" avec évidemment un talent incroyable mais ce n'est pas sans l'exposer à des risques de blessures (comme ce fut le cas l'hiver dernier). 



mercredi 29 août 2012

33. David Rudisha, la perfection biomécanique Maasaï




David Rudisha a battu le record du monde du 800m lors des JOs de Londres dans une course d'anthologie. Il a fait montre d'une maîtrise totale de la course, menant celle-ci du début à la fin.

Sa foulée est un modèle d'efficacité biomécanique et d'esthétisme (cela va d'ailleurs souvent de pair !).

Ces clichés sont pris à intervalle régulier donc il donne une indication du temps pris par chaque phase durant un cycle de foulée ; ainsi la phase de suspension est évidemment la plus longue par exemple.

1) Phase de poussée (1 cliché): recherche d'amplitude maximale :


2) Phase de suspension (3 clichés): on remarque la très grande ouverture du bassin.




3) Phase d'amortissement: quasi inexistante:


4) Phase de soutien (2 clichés): on remarque l'amplitude du trajet du pied qui va presque toucher la fesse : le pied vient se poser quasiment à l'aplomb du centre de gravité du coureur.


Le contact du pied au sol ne se fait pas uniquement sur la pointe du pied mais bien avec le pied entier. L'équilibre du corps est parfait au moment du soutien. Le pied arrière revient vers l'avant avec le mouvement de balancier du genou autour de la hanche.


Chez ses trois concurrents suivants, l'amplitude est plus réduite: le pied remonte moins haut:


Et de nouveau, sur la photo suivante, la phase de propulsion caractérisée par un genou très fléchi, le pied gauche passe au-dessus du genou droit (on voit bien sur la photo, à cet instant du cycle de course, la position parfaite du pied gauche au niveau du genou droit ce qui demande beaucoup de souplesse des quadriceps; cette position est l'une des clés d'une foulée optimale ; si le genou était moins fléchi, et si donc le pied gauche passait plus bas, sous le genou droit par exemple, la biomécanique de bascule vers l'avant serait moins bonne et la foulée beaucoup moins ample); on remarque aussi corrélativement le placement de l'avant-bras droit très vertical: on sent l'allègement du coureur durant toute cette phase pour courir très léger sur ses appuis et avec beaucoup d'amplitude. Le mouvement de déséquilibre vers l'avant du bassin est parfait, avec ce pied gauche qui revient haut et aide encore plus la projection.

Grâce à tout cela, le coureur transforme parfaitement l'impulsion en une force de projection vers l'avant avec très peu d’oscillation verticale.


On peut comparer sur les deux images suivantes l'amplitude en phase de projection: Rudisha lève plus le bras (l'avant-bras est quasiment vertical) alors que ses poursuivants ne vont pas si haut avec leur bras ; cela est directement corrélé à l'angle d'ouverture des jambes et à l'amplitude de la projection vers l'avant.



D'ailleurs, l'angle d'ouverture des jambes est nettement plus ouvert chez Rudisha (approximativement 108° et près de 10° de moins pour son poursuivant):


Un style magnifique, certainement pas loin de la foulée parfaite !

jeudi 24 mai 2012

32. De l'effet relatif des chaussures minimalistes ou de la course pieds nus

On entend et lit beaucoup de choses actuellement sur la mode des chaussures de courses minimalistes et la course pied nus.

La plus répandue est que, grâce au port de ces chaussures ou en courant pieds nus, le coureur adopterait une foulée "naturelle" (?) moins traumatisante, en attaquant le sol non pas du talon mais du milieu du pied voire de l'avant du pied.

On peut clairement s'interroger sur cette affirmation quand on observe les images suivantes extraites d'une vidéo au ralenti d'une course pied nus (ou en chaussures minimalistes). On peut voir comment sur ces photos une proportion importante de coureurs continuent d'avoir une attaque du talon bien qu'ils portent soit des chaussures minimalistes, soit pas de chaussures du tout.








il est toujours intéressant, y compris pour les personnes qui se lancent dans le minimalisme ou la course pieds nus, de se filmer pour vérifier dans quelle mesure leur foulée change réellement car la perception du coureur colle rarement à la réalité.


mercredi 16 mai 2012

31. L'importance du temps de contact au sol: la foulée de Moses Mosop


La vitesse est liée à la combinaison de 2 paramètres évidents: la fréquence et l'amplitude. Mais on peut affiner en introduisant un troisième paramètre qui est le temps de contact du pied au sol. A fréquence égale, celui qui aura le temps de contact au sol le plus bref aura un durée d'envol plus longue (donc plus d'amplitude).


Pour les amoureux de belles foulées, voici en ultra ralenti, la foulée de Moses Mosop: Le 4 juin 2011, il a battu deux records du monde, ceux du 25 000 et 30 000 mètres sur piste, en réalisant respectivement 1 h 12 min 25 s 4 et 1 h 26 min 47 s 4. Il a couru le marathon de Chicago en 2h05'37''.

Bien que prise sur marathon, dans cette vidéo, on retrouve chez lui une foulée de pistards avec un contact au sol extrêmement bref (son talon ne touche quasiment pas le sol) et des appuis très hauts. Un peu à la façon de Haile Gebreselassie avant qu'il ne modifie un peu sa foulée en se spécialisant sur marathon. Voici un graphique de comparaison de son temps de contact au sol (stance time) (source :http://www.runblogger.com/2011/10/moses-mosop-bounces-on-his-forefeet-and.html). On voit comment Moses Mosop a un temps de contact extrêmement court avec corrélativement une durée longue pendant laquelle son pied n'est plus en contact avec le sol. Cela lui donne une foulée très ample et absolument remarquable, avec un objectif annoncé d'un record de 2h02 sur marathon (selon Moses lui-même). 




AJOUT: depuis que j'ai écrit ce billet, j'ai appris que Moses Mosop souffre de douleurs persistantes au(x) talon(s) d'achille, à tel point qu'il ne pourra pas participer aux JOs de Londres à cause de cette blessure.

mercredi 9 mai 2012

30. Corrélation entre l'attaque par le talon et la poussée du pied




Sur cette vidéo, on peut visualiser l'attaque du pied de coureurs durant un semi-marathon. Les images sont prises au 3ème kms et montrent des coureurs visant environ 1h30 au semi-marathon.

La première observation qui vient à l'esprit est que la quasi-totalité de ces coureurs attaquent le sol par le talon quelque soit le type de chaussures qu'ils utilisent (on peut constater la diversité des modèles de chaussures utilisés).

Mais quand on regarde de plus près, on constate un point intéressant:
- uniquement en regardant la position du pied en fin de poussée, on peut en déduire si le coureur va attaquer le sol par le talon ou non.

En effet, si l'on observe les coureurs qui n'attaquent pas par le talon, on peut remarquer comment au moment de la poussée maximale de la jambe (c'est à dire quand la jambe est presque tendue), leurs orteils sont encore en contact le sol avec la plante du pied extrêmement pliée. C'est visible sur les clichés suivants où j'ai surligné en rouge les segments concernés : la jambe, le pied et les orteils. Si l'on observe tous les autres coureurs qui eux ont une attaque du talon, au moment où la jambe est proche de l'extension maximale, le contact au sol est déjà fini.



C'est une position également visible chez le Dr Cucuzella par exemple (je prends cet exemple car, sur sa vidéo, il est pieds nus). On retrouve cette position de pied au moment de la poussée chez Krupicka et autres coureurs qui n'attaquent pas du talon. Je l'avais d'ailleurs souligné concernant Frank Shorter.


Conclusion: selon ces images, il y a une corrélation directe entre la position du pied au moment de la poussée et l'attaque du pied au sol en retour. Le coureur, qui n'attaque pas du talon, aura un contact au sol proportionnellement plus long ne s'achevant que quasiment à la toute fin de la poussée du pied.

Au contraire, les coureurs attaquant du talon ne complètent pas totalement cette phase de poussée et se précipitent en quelque sorte pour aller chercher le sol devant eux avec le talon en premier. 

C'est d'ailleurs logique:
- avec une poussée bien réalisée et complète, l'amplitude de la foulée va venir principalement de l'ouverture de l'angle entre le genou avant et le genou arrière. 
- le coureur - qui réalise cette poussée de manière incomplète - aura un angle d'ouverture plus faible entre ces genoux et devra compenser en allant chercher le sol avec le pied plus loin devant lui. C'est particulièrement évident quand on compare la foulée de Petrova et celle de Radcliffe. (cf. mon post sur le sujet ICI).

Cela confirme que:
- ce n'est pas la chaussure (même minimaliste) qui fait que le coureur aura une attaque qui ne sera pas sur le talon mais avant tout la gestuelle spécifique de sa foulée;
- une chaussure à semelle trop rigide dans l'axe horizontal gênera le coureur pour obtenir ce "cassé" du pied en fin de poussée puisque par définition avec ce type de chaussure la semelle ne pourra pas se plier (ou quasiment pas). Donc si l'on choisit ce type de chaussures, autant choisir un modèle avec un bon amorti du talon car c'est sur cette partie qu'il y a toutes les chances que le coureur attaque le sol.
- en revanche, si l'on choisit de courir avec des chaussures minimalistes, il faudra veiller à bien réaliser cet appui du pied cassé en fin de poussée.