samedi 27 avril 2013

43. La chaussure idéale pour la foulée médio-pied




Existe-il une chaussure idéale adaptée à la foulée médio-pied ? On lit énormément de choses sur les chaussures de course à pied qui sont le plus souvent teintées de considération plus ou moins marketing.

Je pense qu'il faut faire preuve de bon sens et de pragmatisme avant tout si on choisit une chaussure de course à pied, et en particulier une chaussure qui permettra au coureur une foulée médio-pied.

D'expérience, voici les quelques critères qui me semblent aller de soit:

- La chaussure doit être assez large sur l'avant du pied (pas trop étroite) car le pied va s'écraser sur l'avant et il ne faut pas que le pied soit comprimé à l'impact. On peut constater chez les coureurs pieds nus que leur pied est beaucoup plus large que le pied d'un citadin. Il est donc préférable de ne pas être contraint dans sa chaussure à l'avant du pied ;

- La chaussure doit être assez légère (par exemple autour de 220 grammes) car la foulée n'est pas rasante et il est nécessaire de lever à une certaine hauteur la chaussure verticalement : la force d'inertie vers l'avant de la chaussure n'est pas un avantage pour cette foulée, au contraire d'une foulée rasante en arc-de-cercle allant chercher loin devant ;

- La chaussure doit être souple longitudinalement car on doit réaliser un mouvement de bascule (transfert du poid vers l'avant en appui sur le pied) donc on doit pouvoir plier l'avant du pied vers le haut du talon sans contraintes ;

- La chaussure doit être stable : pour la rigidité latérale, si on est coureur universel, ca n'a pas vraiment d'importance; ca peut en avoir si on est très pronateur ; dans ce cas, faut mieux avoir un certain maintien du talon dans la chaussure; la stabilité permet un meilleur renvoi des forces à l'impact ;

- Le drop doit etre réduit mais pas forcément trop: 8mm c'est tout à fait acceptable. En fait, c'est géométrique mais plus le drop est élevé, plus le talon risque de toucher en premier (voir le billet consacré à ce point sur le blog) ; cela dit, comme je l'ai dit dans ce blog, toucher n'est pas pareil que taper et n'est pas forcément très grave si les autres paramètres de l'impact au sol sont bons.

A l'occasion, je vous conseille de vous filmer pour voir votre attaque du pied sur le sol (car parfois les sensations ne sont pas en accord avec la réalité).

Happy Light Feet Running !

jeudi 7 mars 2013

42. Gazelles ou Gliders : vraiment ?


Voici une vidéo qui compare les deux styles de coureurs/coureuses, qu'ils appellent  respectivement "Gazelles" et "Gliders" : http://www.youtube.com/watch?v=tJWPwVF30yo&feature=endscreen&NR=1



Certains lecteurs de mon livre ou de ce blog m'ont demandé des vidéos qui montreraient l'exemple des Light Feet Runners: Le style "Gazelle" décrit dans cette vidéo correspond tout à fait à l'approche du Light Feet Running.

Le style "Glider" correspond plus à la foulée de la coureuse russe que j'avais déjà décrite sur ce blog (lien ICI).

Si on se base sur les observations de l'auteur de la vidéo, on peut dire que :

mercredi 30 janvier 2013

41. Kawauchi ou courir en descente... sur le plat !

Cela faisait quelques temps que je voulais écrire sur la sensation de se sentir courir en descente mais sur le plat, propre au LFR.

Quand vous courez en descente, vous pouvez avoir facilement la sensation d'accélération, du fait de la combinaison de la force de gravité et d'une pose du pied proche de l'aplomb du coureur (c'est à dire proche du centre de gravité).

En fait, sur le plat, on peut ressentir plus ou moins ce même phénomène. En voici l'illustration par une rapide étude du style si particulier du jeune marathonien japonais, Yuki Kawauchi (dont j'avais déjà parlé sur ce blog) et qui a gagné le Marathon de Boston 2018 dans des conditions dantesques.


41. (English) Yuki Kawauchi or how tu run downhill...on flat surface !!

I wanted to write for some time about the feeling of running downhill... on flat surface ! When you run downhill, you can easily feel the acceleration due to the combination of gravity and a foot pose very close to the runner's center of mass. As a matter of fact, on flat roads, you can feel the same phenomenon. Here's a quick illustration by looking at the very peculiar running style of the young amateur Japanese marathoner phenomenom, Yuki Kawauchi (which I already spoke about in this blog).  These pictures were taken during the marathon of Fukuoka in 2011. They are particularly interesting because we can compare the style of Yuki Kawauchi and the one of his competitors running at the same speed.  

Three key points stand out:

mardi 22 janvier 2013

40. Doit-on diaboliser l'attaque au sol par le talon ?

(billet également publié sur trimes.org)

Comment se fait-il que l'observation de la foulée des meilleurs coureurs d'endurance montre qu'un pourcentage très substantiel d'entre eux touche le sol en premier avec le talon. Comment est-ce possible s'il est si mauvais de courir en attaquant du talon ? Voici un exemple sur 10kms de plusieurs des meilleurs coureurs de 10km (hommes et femmes) (source: http://www.runningtechniquetips.com/2012/06/us-olympic-trials-10000m-footstrike-variation)

samedi 19 janvier 2013

39. L'évolution de la foulée de Lance Armstrong


A titre pédagogique, en dehors de toutes les polémiques actuelles et quelque soit l'avis que l'on peut porter sur lui, j'ai trouvé intéressant de m'intéresser à l'évolution de la foulée de Lance Armstrong, depuis son retour en triathlon.

Lance Armstrong vient du vélo (au cas où certains lecteurs de ce blog ne seraient pas sortis de leur caverne depuis 15 ans !): il possède donc une musculation typique de ce sport, à savoir des quadriceps et des mollets développés.

mardi 15 janvier 2013

39. (english) the modification of Lance Armstrong's running stride

Besides all controversies surrounding Lance Armstrong, I thought it was interesting to look at his running stride since his return to triathlon. After a pro-cycling career, Lance Armstrong has very strong quadriceps and calves. When he began competing in marathons after his retirement from cycling, he looked like a very fit big heel striker and overstrider (hitting the ground in front of him with a straight leg (or almost), as shown on this picture taken when running the NYC marathon.


 (Please notice the runner next to Lance, winner of the 1980, 1981 and 1982 NYC marathon, Alberto Salazar himself. Note also the choice of shoes of Salazar, quite far away from racing or minimalist shoes)

Lance really changed his running technique when we look at the pictures taken from one of his recent triathlons ; he has also evolved towards more lightweight and flexible running shoes.


vendredi 21 décembre 2012

38. 2013 : la fin du minimalisme ?


 

Une rumeur frémit sur les blogs consacrés au minimalisme : 2013 sonnerait la fin du minimalisme ! (*)
Il faut dire qu'à la veille du 21 décembre 2012, il est de bon ton d'annoncer la fin de tout, et même du Monde, calendrier maya oblige.

Plus sérieusement, il faut replacer cette interrogation dans son contexte: les équipementiers ont constaté que les ventes de chaussures minimalistes (et surtout en particulier du précurseur en la matière qu'est Vibram) n'explosent pas, voire même sont en déclin. Une petite étude de marché "maison", qui consiste à simplement observer la manière dont sont chaussés tous les coureurs que l'on peut croiser dans nos compétitions, nos villes, nos parcs et nos montagnes tend à confirmer cela: on est loin d'une vague minimaliste qui viendrait envahir le marché du running. Et il est encore extrêmement rare de voir courir des personnes pieds nus ou équipés de Vibram Five Fingers, et ceci en dépit d'une indéniable médiatisation du phénomène "barefoot" en 2012 (via la blogosphère, les journaux spécialisés et les télés).

Maintenant faut-il pour autant jeter le bébé avec l'eau du bain ?


mercredi 14 novembre 2012

37. le dénivelé de la chaussure et l'attaque du talon


Vous avez peut être entendu parler de la notion de dénivelé (ou "drop" en anglais)  des chaussures de running: il s'agit de la différence de hauteur du pied entre le talon et l'avant du pied: par exemple, une chaussure ayant un dénivelé de 10mm (soit 1cm), va positionner le pied par rapport au sol comme sur le schéma ci-dessous:

Ainsi dans une chaussure avec "zéro-drop", le talon sera à la même hauteur du sol que l'avant du pied. Je dis bien avant du pied et non pas orteils car beaucoup de chaussures de running sont courbées vers le haut à l'avant du pied, ce qui fait que le bout des orteils se trouve alors plus haut que la partie du pied située à la base des orteils. Cette courbe est conçue par les fabricants pour compenser la rigidité de la semelle de certaines chaussures: si la semelle est rigide et empêche le pied de se plier, cette forme relevée permet au pied de rouler sur le sol. Le lecteur percevra aisément que cela rend le pied plutôt paresseux car au lieu de se plier pour permettre au coureur de se projeter vers l'avant de manière active, le pied devient juste une sorte de chaise à bascule passive.



mardi 6 novembre 2012

36. N'attaquez-vous vraiment pas du talon ?


Voici quelques images issues de la vidéo faite par un instructeur "certifié" d'une méthode de course à pied qui prône l'attaque par le milieu du pied (et surtout pas par le talon).

Comme on peut voir sur ces images extraites de ces vidéos, cet entraîneur, dont la vidéo a pour objet de démontrer les avantages de la méthode qu'il pratique, attaque le sol bien..................du talon !!!


jeudi 18 octobre 2012

35. Light Feet Running



Post mis à jour au 1er septembre 2013:
J'ai le plaisir de vous annoncer la parution de mon nouveau livre électronique consacré à la technique en course à pied. 

Ce livre est le fruit d'un travail de plusieurs années visant à comprendre les caractéristiques d'une foulée qui serait bio-mécaniquement optimale.

Pour une présentation du livre, c'est ICI (lien vers la page dans la colonne droite du blog).

lundi 10 septembre 2012

34. Alistair Brownlee versus Javier Gomez

Le triathlon masculin des JOs de Londres fut épique avec un mano à mano époustouflant en course à pied entre Alistair Brownlee et Javier Gomez. Malheureusement le fait que Jonathan, le frère d'Alistair, ait subi une pénalité réduisit le suspense à deux coureurs. Alistair réussit toutefois à réaliser un écart suffisant pour gagner cette course avec un temps absolument canon en course à pied sous les 30' (pour 10kms donc, ce qui est rare en triathlon). On peut télécharger la vidéo de cette course sur l'excellent site de TRICLAIR.

J'ai trouvé intéressant de chercher à comparer la technique d'Alistair à celle de Javier. Voici donc des clichés tirés de cette course de ces deux excellents coureurs à pied:

On retrouve dans ces deux coureurs une très bonne biomécanique et énormément de points communs dans leur technique.

Cela dit, il m'est apparu quelques différences significatives tout de même. A dessein, j'insisterai donc plutôt sur ces différences.

Alistair Brownlee:

Alistair Brownlee a une forte tendance à courir sur l'avant du pied. Cette manière de courir sollicite beaucoup le tendon d'Achille et d'ailleurs Alistair a connu des soucis de blessure de ce tendon cet hiver. Moses Mosop (dont j'ai parlé ici sur ce blog) connaît lui aussi des problèmes similaires très probablement du fait de sa foulée sur l'avant du pied.

La foulée d'Alistair se caractérise par:
- une levée pas très haute du pied vers la fesse,
- une grande utilisation du bassin dans la recherche d'amplitude de la foulée,
- un contact au sol avec l'avant du pied plutôt devant le centre de gravité.

On verra que Javier Gomez court aussi vite (ou presque) mais sans ces trois caractéristiques.


On voit le travail du bassin qui s'ouvre pour chercher l'amplitude dans la foulée :




On remarque sur les deux clichés suivants que son pied arrière ne se lève pas beaucoup vers la fesse :




Le pied revient un peu vite vers le bas au moment de passer la jambe opposée : l'effet de bascule est moins marqué me semble-t-il que chez Javier Gomez.


On voit d'ailleurs qu'Alistair court avec peu d'inclinaison verticale : les coureurs qui tirent mieux parti de la bascule du genou vers l'avant ont tendance aussi à mieux tirer parti de la force de gravité et adopte un angle d'inclinaison un peu plus marqué.

En observant le coureur de l'arrière, on voit bien comment son pied ne se lève pas très haut et comment il va au contact au sol avec l'avant du pied.
















Javier Gomez :

Au contraire d'Alistair, on peut dire que Javier Gomez:
- a une attaque au sol plein pied,
- lève plus son pied arrière vers la fesse,
- ramène plus longtemps son pied vers l'avant à l'horizontal (en fermant plus l'angle de son genou) ce qui accentue l'effet de bascule,
- utilise moins son bassin en recherche d'amplitude.





On voit la pose du pied sur la photo suivante : pas d'impact sur la pointe du pied au contraire d'Alistair:







Sur la photo suivante, on peut observer comment son pied gauche est encore placé très haut au moment du croisement avec l'autre jambe :



Gomez réalise très bien la gestuelle de la bascule du genou avec un pied qui reste haut et se déplace proche de l'horizontal:




La levée du pied arrière de Javier Gomez (avec un angle de genou légèrement plus fermé qu'Alistair):


Javier Gomez a une foulée très académique et très bonne bio-mécaniquement. Alistair court plus en "funambule" avec évidemment un talent incroyable mais ce n'est pas sans l'exposer à des risques de blessures (comme ce fut le cas l'hiver dernier). 



mercredi 29 août 2012

33. David Rudisha, la perfection biomécanique Maasaï




David Rudisha a battu le record du monde du 800m lors des JOs de Londres dans une course d'anthologie. Il a fait montre d'une maîtrise totale de la course, menant celle-ci du début à la fin.

Sa foulée est un modèle d'efficacité biomécanique et d'esthétisme (cela va d'ailleurs souvent de pair !).

Ces clichés sont pris à intervalle régulier donc il donne une indication du temps pris par chaque phase durant un cycle de foulée ; ainsi la phase de suspension est évidemment la plus longue par exemple.

1) Phase de poussée (1 cliché): recherche d'amplitude maximale :


2) Phase de suspension (3 clichés): on remarque la très grande ouverture du bassin.




3) Phase d'amortissement: quasi inexistante:


4) Phase de soutien (2 clichés): on remarque l'amplitude du trajet du pied qui va presque toucher la fesse : le pied vient se poser quasiment à l'aplomb du centre de gravité du coureur.


Le contact du pied au sol ne se fait pas uniquement sur la pointe du pied mais bien avec le pied entier. L'équilibre du corps est parfait au moment du soutien. Le pied arrière revient vers l'avant avec le mouvement de balancier du genou autour de la hanche.


Chez ses trois concurrents suivants, l'amplitude est plus réduite: le pied remonte moins haut:


Et de nouveau, sur la photo suivante, la phase de propulsion caractérisée par un genou très fléchi, le pied gauche passe au-dessus du genou droit (on voit bien sur la photo, à cet instant du cycle de course, la position parfaite du pied gauche au niveau du genou droit ce qui demande beaucoup de souplesse des quadriceps; cette position est l'une des clés d'une foulée optimale ; si le genou était moins fléchi, et si donc le pied gauche passait plus bas, sous le genou droit par exemple, la biomécanique de bascule vers l'avant serait moins bonne et la foulée beaucoup moins ample); on remarque aussi corrélativement le placement de l'avant-bras droit très vertical: on sent l'allègement du coureur durant toute cette phase pour courir très léger sur ses appuis et avec beaucoup d'amplitude. Le mouvement de déséquilibre vers l'avant du bassin est parfait, avec ce pied gauche qui revient haut et aide encore plus la projection.

Grâce à tout cela, le coureur transforme parfaitement l'impulsion en une force de projection vers l'avant avec très peu d’oscillation verticale.


On peut comparer sur les deux images suivantes l'amplitude en phase de projection: Rudisha lève plus le bras (l'avant-bras est quasiment vertical) alors que ses poursuivants ne vont pas si haut avec leur bras ; cela est directement corrélé à l'angle d'ouverture des jambes et à l'amplitude de la projection vers l'avant.



D'ailleurs, l'angle d'ouverture des jambes est nettement plus ouvert chez Rudisha (approximativement 108° et près de 10° de moins pour son poursuivant):


Un style magnifique, certainement pas loin de la foulée parfaite !